The Long Goodbye

Pochette The Long Goobye

Cherry Red Records / BRED747 (GB), 12/07/2019

  1. What I Heard On The Pop Radio
  2. Marlowe
  3. Flicking Cigarettes At The Sun
  4. Road Is A Preacher
  5. Who Stole The Signpost?
  6. The World (As We Can Know It)
  7. Fortunate Son
  8. The Road Ahead
  9. Skidrow-On-Sea
  10. Lovely Day

Vinyle :
Face 1 : titres 1 à 6
Face 2 : titres 7 à 10

David Thomas : voix, synthétiseurs analogiques, Mélodéon, Programmation
Keith Moliné : guitare
Robert Wheeler : synthétiseurs analogiques, theremine
Michele Temple : basse, contrebasse
Gagarin : synthétiseurs numériques, programmation
Darryl Boon : clarinette
P.O. Jorgens : percussions

+ Gary Siperko, guitares additionnelles

Titres : David Thomas

Production, mixage et enregistrement : David Thomas
Studios : Back Rooms & Ninth World Studio (Danemark)
Masterisation : Nick Watson (Fluid Mastering)

*Cd bonus (édition cd uniquement)
Pere Ubu Moon Unit : Montreuil

  1. Intro
  2. Heart Of Darkness
  3. Flicking Cigarettes At The Sun
  4. Marlowe
  5. What I Heard On The Pop Radio
  6. Road Is A Preacher
  7. Who Stole The Signpost?
  8. The World (As We Can Know It)
  9. Fortunate Son
  10. The Road Ahead
  11. Skidrow-On-Sea
  12. Lovely Day
  13. Road To Utah
  14. Running Dry
  15. Hightwaterville

David Thomas : voix
Keith Moliné : guitare
Gagarin : synthétiseurs numériques
Chris Cutler : batterie

Enregistré en public le 8 décembre 2018 à Montreuil (F) au Théâtre Municipal Berthelot
Ingénieur du son, enregistrement : Nadan Rojnic

Titres : David Thomas, sauf
2 : Thomas, Laughner, Herman, Wright, Ravenstine
13 : Boon, Dowdall, Mehlman, Moliné, Temple, Thomas, Wheeler
14 : Neil Young
15 : Pere Ubu

Pochette : Kiersty Boon
Graphisme : Keith Davey (Altmark Creative)

Le livre-compagnon du disque :

Livre Cogs

Enregistrement

En décembre 2017, David Thomas, malade, est contraint d'annuler la seconde partie de la tournée US de Pere Ubu. Il rentre chez lui, en Angleterre, à Brighton & Hove (Sussex). Comme souvent en période chaotique, il entre en studio et commence à créer de la musique. En un mois, à l'aide de synthés et autres instruments de sa collection, il enregistre assez de chansons pour un album, textes compris. Il envoie l'oeuvre à des personnes de son entourage. Certains, dont Van Dyke Parks, déclare que l'ensemble est simplement parfait. David Thomas décide néanmoins d'impliquer les musiciens de Pere Ubu pour aller au-delà de la perfection. Si ce disque devait être une fin de chapître, chaque aspect devait en être exploré et affiné.
Certains des musiciens du groupe s'impliquent, d'autres pas. Comme souvent dans l'histoire du groupe, ceux qui sautent le pas sont ceux qui portent la vision de ce que doit être cet album. David voyage alors pour enregistrer leur collaboration ou ils viennent dans son home-studio. Si aucune des deux solutions n'est possible, de nombreux fichiers sonores et coups de fils sont échangés. Des heures et des jours sont passés sur chaque minute de chaque chanson, à la limite de la folie.

A la fin novembre 2018, la fin est en vue. La Pere Ubu Moon Unit est de sortie en décembre pour deux concerts, le 7 à Ramsgate (GB) et le 8 à Montreuil (France). Trois titres du nouvel album doivent être joués au cours de ces concerts. Quelques jours avant les shows, Gagarin suggère à David de jouer en fait l'album en entier. Il est prêt et l'adrénaline alors à son plus haut niveau pousse le groupe à le présenter live au public. Le groupe et son équipage sont plutôt nerveux. Mais après un superbe concert à Ramsgate et une foule en extase à Montreuil (France), la nervosité se transforme en euphorie. La réaction du public est au-delà des attentes. C'est ce dernier concert qui est proposé en bonus dans l'édition cd.

Le mixage final du disque est réalisé entre fin 2018 et début 2019.

Le label Cherry Red présente l'ouvrage ainsi : "Ce disque de Pere Ubu ne sonne comme aucun autre. Une fusion unique de techno, rock traditionnel et ...avant-garage". David Thomas précise : "C'est ce que je voulais réécrire et réinventer. La musique pop ne devrait pas être sans signification ni vérité. Nous vivons dans des villés désespérées et nous continuons malgré la puanteur. Vous ne trouverez pas souvent les réponses. Si jamais. Mais voici la musique pop comme elle devrait être.".

David Thomas signe un nouveau livre, Baptized Into The Buzz, pour accompagner l'album.

Deux vidéos publiés par Ubu Projex : What I Heard On The Pop Radio & Marlowe.

Editions

Label Référence Pays Date Commentaires
Cherry Red Records CDBRED747 GB/ROW 12/07/2019 cd *
Cherry Red Records BRED747 GB/ROW 12/07/2019 lp 1000 exemplaires
cover édition cd The Long goodbye

Edition cd digipack (2019)

cover édition cd The Long goodbye

cover édition lp The Long goodbye

Edition vinyle (2019)

L'édition cd propose un disque bonus de la Pere Ubu Moon Unit enregistrée live à Montreuil (France) le 8 décembre 2018 (voir ci-contre).

Très belle pochette ouvrante pour son édition vinyle limitée à 1 000 exemplaires. Edition "deluxe" pour la version cd : l'abum studio est accompagné d'un cd bonus avec, dans son intégralité, le fabuleux concert de Montreuil du 8 décembre 2018 (voir ci-dessous). La belle pochette est réduite bien sûr au format de l'objet mais le livret contient en exclusivité les notes "The Story" et "The Other Story".

Chroniques

Greil Marcus le considère comme pouvant prétendre au titre de meilleur album du groupe. N°3 dans son Real Life Top Ten pour Rolling stone.

Le Canal Auditif - Stéphane Deslauriers, Juillet 2019 (Canada)
Les Oreilles Curieuses, Décembre 2019 (France)
Sun Burns Out - Benjamin Berton, 12 août 2019 (France)

The Long Goodbye, immortel
"Tout éveillés, nous marchons dans un rêve : nous ne sommes nous-mêmes qu'un spectre des temps passés". (Franz Kafka)
Le nouvel album de Pere Ubu, le 18ème en studio, est un hymne passionné à la vie, à la musique, à l'Amérique. Il est fortement poignant tant il est imprégné de tons crépusculaires, typiques de quand les choses se réalisent et que le temps semble s'écouler entre les doigts.

C'est dans cet état d'âme que David Thomas, après avoir quitté l'hôpital en novembre 2017, compose et grave dans la solitude tous les morceaux de l'album.
Dans sa tête, un livre écrit par Raymond Chandler dans des circonstances également dramatiques (sa femme était gravement malade) et ayant pour protagoniste son détective privé Philip Marlowe. C'est ce livre qui suggérera de nombreuses idées et le titre, The Long Goodbye, de l'album. Ce disque doit avoir, pour David, un caractère définitif, résumer et achever tout le travail réalisé au fil d'une quarantaine d'années.

Un peu ironiquement (mais effectivement, cela n'est pas si bizarre dans le monde de Pere Ubu), le résultat est bien différent de tout ce qu'on a écouté jusqu'à présent : nous pouvons remarquer la prédominance des sons synthétiques des instruments utilisés par Thomas (de vieux synthétiseurs et de la batterie électronique à côté du mélodéon), auxquels s'ajoute la contribution essentielle des autres musiciens. Une fois la surprise initiale surmontée, nous nous trouvons très vite fascinés par cet ensemble de nouveau et de classique, de genres différents qui vont de la techno au rock, du jazz à l'électronique, jusqu'à la hagarde chanson d'auteur style Tom Waits ; la simplicité artificielle des choix sonores révèle, à l'écoute, complexité et richesse des détails.

L'album tourne autour de The Road Ahead, un magnifique poème beat de presque 10 minutes de long, soutenu par de brûlantes trames électroniques, par l'énergie palpitante de la basse et des percussions industrielles. Nous nous trouvons certainement face à un véritable chef-d'oeuvre.

Le thème du voyage à travers l'Amérique, sa signification et son aboutissement final, est repris dans cet album : il s'agit d'un sujet abordé plusieurs fois par David Thomas dans toute sa carrière (en particulier avec les Two Pale Boys, le Pale Orchestra, avec Foreigners et naturellement avec Pere Ubu, notamment dans les albums réunis dans le coffret Drive He Said, dont la couverture présente, comme une affiche, une partie du texte de cette chanson).
Il s'agit d'une longue route, qui va de l'Est à l'Ouest : le chemin est parcouru tout en conduisant sur les ondes de la radio, à travers la Pennsylvanie, les états centraux, en effleurant le Mississippi, sans jamais s'arrêter, en ignorant les panneaux pour Satisfied City et sans jamais se sentir assouvi mais toujours soucieux de savoir ce qu'il y a après, en trouvant dans le voyage sa signification même.

Les mots s'écoulent, copieux, en décrivant des scénarios apocalyptiques, des visions qui s'impriment d'une façon indélébile dans les yeux : des rivières qui sont comme des serpents, traversées par d'anciens ponts à travées et aux rivages desquelles, dans la nuit la plus sombre, les indigènes entonnent des chants étranges ; des structures industrielles telles que des monolithes couverts de rouille, des décharges, des vapeurs et des flammes dans le terrain, des claquements de métaux lourds ; des ouvriers pareils à des chamans, les yeux creusés par des lunettes de protection, attendant l'ouverture du bar après leur séance de travail.

Et puis le voyage continue encore, le long de la US 50, "The Great Lost Highway", à travers le désert du Nevada jusqu'aux néons de Reno, qui illuminent le ciel nocture comme si on était en plein jour.
La route US 50 peut être considérée comme l'incarnation symbolique de toutes les routes : elle traverse le pays entier, d'une côte à l'autre. Elle a été définie comme "The Loneliest Road In America" ; ainsi le parcours artistique de Pere Ubu a été solitaire.

Le voyage est ainsi arrivé à son terme, la "Route Devant" est presque terminée. Nous nous trouvons maintenant à Los Angeles, la ville du grand rêve américain, du succès. Ou de l'échec. Le salut ou la damnation. Et, enfin, la plage de Bay City (c'est ainsi que Chandler appelle celle de Santa Monica dans ses romans). Il n'est pas possible d'aller plus loin, l'Océan Pacifique se dévoile immobile et le voyageur doit prendre acte de cela et faire ses dernières constatations. Si une vie entière a été consacrée à suivre la consigne impérative, "Drive and just not stop", quand la route se termine, nous sommes à la fin de nos jours. Le tic-tac de notre montre résonne plus fort et se perçoit plus clairement.

A côté de The Road Ahead, d'autres chansons reprennent ces thèmes et d'autre sujets proches : la terre et la route sont chantées avec une foi qui évoque presque Walt Whitman dans Road Is A Preacher ; les diatribes de personnages dissociés qui, face à une réalité qui se présente incompréhensible à leurs yeux ou, peut-être, qu'ils saisissent trop clairement, se retirent dans des lieux et des temps passés dans Fortunate Son et dans The World (And What We Can know Of It).

Who Stole The Signposts? est un hommage à Harry Partch, un des pères de la musique contemporaine américaine, un grand visionnaire, un voyageur et inventeur de ses propres instruments qui, dans la chanson, sont comme des signaux, des indications évanescentes, des symboles d'une Amérique qui est en train de disparaître.

Puis nous avons Raymond Chandler, point de repère pour David Thomas dès le premier morceau gravé au nom de Pere Ubu, Heart Of Darkness, avec son Philip Marlowe qui traverse en contre-jour tout le disque. Il est lui aussi à la recherche de réponses à ses enquêtes. Il erre à travers la ville, pareil à un spectre inquiet ; il considère et reconsidère ses déductions en cherchant à ne pas confondre ce qui est réel et ce qui est imaginaire. Il finira aux marges de la société dont il ne fait plus partie, trompé et désillusionné mais accroché à sa morale.

La dernière chanson, Lonely Day, a des tons plus calmes, apparemment apaisés. L'atmosphère est désormais celle d'un jour de fête au bord de la mer, avec des artistes de rue, des vendeurs ambulants, grands et petits. Nous mettons de côté la mélancolie, nous croyons que tout est à sa place, maintenant.

Cet épilogue m'a rappelé le merveilleux final de Big Fish de Tim Burton : la scène de l'enterrement du protagoniste, Edward Bloom, et l'arrivée à la cérémonie des amis avec lesquels il a partagé des aventures incroyables, racontées de nombreuses fois à ses proches. Des personnages invraisemblables, qui avaient été presque considérés comme le résultat de l'imagination, se présentent en chair et en os aux yeux des proches dont l'expression révèle leur pensée : "C'était vrai, tout était vrai. Ou, si cela n'était pas vrai avant, cela l'est maintenant". Ils deviennent alors persuadés que celui qui raconte des histoires finit par devenir ces histoires mêmes et, si ces dernières continuent de vivre après lui, il devient alors immortel.
Gabriele Carlini (Octobre 2019)
(Traduction de l'italien : Valerio Di Cristofano)

P.S. : Cela dit, l'affaire n'est pas achevée. Certainement, The Long goodbye a été conçu comme un disque d'adieu - "Just in case" comme dit Thomas maintenant - mais heureusement les choses se sont déroulées différemment et, si vous cherchez le vieil Ubu, il est déjà parti en tournée promotionnelle. Il est en vadrouille à travers l'Europe et il sera bon de le retrouver.

Magic #215, mai 2019, chronique album The Long Goodbye

Magic, 215, mai-juin 2019

Grégory Bodenes

New Noise #49, été 2019, chronique album The Long Goodbye

New Noise, 49, été 2019

Maxence Grugier

Incorrect #21, juin 2019, intrevien de David Thomas & chronique album The Long Goodbye

L'Incorrect, 21, juin 2019

Jean-Emmanuel Deluxe

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