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Pere Ubu à Créteil (94) le samedi 15 février 2014

A très peu de chose près, la même set-list qu'à Gand au tout début de l'été 2013, Street Waves remplaçant I Hear They Smoke The Barbecue en fin de rappel. Nous n'allons pas vous raconter ce que vous pouvez entendre, voir et juger par vous même sur Culturebox (merci Francetv) jusqu'au 15 février 2015, dernière limite ! (prenez le temps et le plaisir d'enchaîner les deux premiers titres Love Love Love et Free White ..."A fucking great band playing fucking great songs" said Iggy ... enfin, il pourrait le dire !

La petite histoire est ailleurs, au cours du soundcheck. Après avoir installé son matériel, le groupe se lance à 12h45 tapantes. Cette balance se transforme rapidement en répétition ; le groupe n'a en effet pas joué ensemble dans cette formation depuis l'été dernier. David Thomas n'est pas là, resté à l'hotel.

Nous assistons donc simplement à un concert de Pere Ubu en version ... instrumentale. Parfois et à tour de rôle, Michele, Steve et Keith imitent la voix remarquable de David. Imitent seulement. Mention spéciale toutefois à Keith. Pour l'intro d'Over My head, Robert est à l'agonie et c'est Steve qui doit produire de la voix les sons du synthé pour lancer l'affaire et mettre l'homme des sons étranges sur la bonne voie. Pendant ce temps là, Nadan Rojnic, l'ingénieur du son depuis le Annotated Modern Dance Tour, se bat avec la salle, un immense théâtre tout en hauteur avec les rangées de fauteuil plongeant sur la scène. Ce soir, il faudra être en haut pour avoir un meilleur son.
Les titres s'enchaînent et c'est un pur plaisir, une découverte que l'on n'avait même pas idée d'imaginer ... Pere Ubu sans voix !
Fin des festivités à 15 h 00. Mais ce n'est que le début ...
Charlie Dontsurf (14 avril 2014)

Merci à Leda et à toute l'équipe de Sons d'Hiver pour leur accueil toujours aussi chaleureux. Chronique du concert dans le n° 560 de Rock & Folk (avril 2014)

Set List :

Gabriele et Charlie marchent sur la lune ! (Pere Ubu à Turin - 1/11/2013)

A 20 heures tapantes comme convenu, nous nous rencontrons au bas du 4, via Susa à Turin, en ce 1er novembre 2013.
L'occasion de faire connaissance nous est donnée par la première date de cette nouvelle tournée européenne, appelée Visons Of The Moon Tour. C'est la troisième fois depuis le début de l'année que le groupe vient sur le vieux continent. Pour cette fois, entre deux Lady From Shanghai US Tours, David Thomas a annoncé que Pere Ubu se présentera sur scène dans une composition originale et temporaire et proposera des nouvelles chansons, à l'état si ce n'est embryonnaire, tout du moins évolutif puisque l'improvisation prendra une place importante.
Nous nous dirigeons vers un café et nous faisons connaissance dans un charabia franco-anglo-italien, ubuesque mais efficace. L'aubergiste se marre mais ferme.
Nous prenons alors le chemin du Spazio 211, lieu du concert, dans la rutilante voiture de Gabriele. Un court trajet dans la nuit turinoise nous amène au club situé dans les faubourgs de la ville. La salle est plutôt vide quand nous y pénétrons. La scène est située au centre, plutôt basse, et le public peut se masser autour sur pratiquement 3 côtés. Drôle de conception.

Il n'est que 21 h 30 et Gagarin, que nous croisons, nous confirme que le groupe est programmé à 23 h 00. Alors que les gens commencent sérieusement à arriver, nous profitons de ces instants pour faire plus ample connaissance et se découvrir une multitude points communs, musicaux mais pas seulement.
Steve Mehlman apparait et prépare sur un comptoir près de l'entrée le merchandising habituel. Les ventes seront excellentes, avant comme après le concert.

A 23 heures, la salle est maintenant bien garnie. David Thomas, Keith Moliné, Steve Mehlman, Gagarin, présent dans le groupe depuis Long Live Père Ubu, et Daryl Boon (clarinette) montent sur scène. Michèle Temple et Robert Wheeler sont absents de la tournée (voir ci-dessous).
Le set est centré sur le nouveau matériel (cf. les démos mises en ligne) qui sonne d'une manière absolument remarquable. Ces chansons, caractérisées par les schémas électroniques de Gagarin et les contrepoints softs de la clarinette de Boon, rappellent la face la plus expérimentale du dernier album (The Carpenter Sun, par exemple) et parcourent également les territoires explorés par David Thomas And Two Pale Boys.
Après le troisième morceau, Visions Of The Moon alors que nous sommes tout à notre bonheur, David Thomas, exigeant, montre son agacement et demande au groupe de "faire enfin quelque chose de cette musique". (voir à 2'49, Visions Of The Moon). Rappelons que ce concert est une toute première pour cette version du groupe comme pour les morceaux joués.
Le groupe joue un couple de vieux titres, difficilement reconnaissables, Heart Of Darkness et The Modern Dance. Golden Surf, tiré de 18 Monkeys On A Dead Man's Chest, le dernier album en date des Two Pale Boys, est joué lors du rappel. Même si la version nous apparait magnifique, David Thomas ne cache pas au groupe son insatisfaction quant à l'interprétation qui est fait de sa chanson préférée, au moins pour un soir. Le groupe quitte la scène alors que Keith Moliné étire le dernier riff de guitare.
Le public, dont une faible partie a néanmoins déserté, marque sa satisfaction par de longs et chaleureux applaudissements. Scène finale d'un concert difficile mais réussi.

Retour à la case merchandising pour Steve et David, qui vendent et signent des autographes à n'en plus finir. David finit par s'échapper et nous le rejoignons dans le placard qui sert de loge. Comme à l'accoutumé, il semble fatigué. Comme à l'accoutumé, il est ouvert et disponible. Il ne semble pas si déçu que ça de la production du soir, sans aucun doute conscient que ce n'était que le premier concert de la tournée. Nous lui faisons part de notre plaisir à l'écoute de ces nouveaux titres en tentant de ne pas passer pour les fans transis et admiratifs que nous sommes. Il nous explique pourquoi cette tournée différente : il a vite attrapé cette idée surgissant de son cerveau et foncé; travailler dans le prolongement du concert londonien du 13 juillet et des premiers enregistrements pour le futur album, sans Michele Temple et Robert Wheeler pas encore impliqués à cette étape ; continuer encore et toujours à faire proposer de nouvelles choses, ne jamais s'arrêter ou répéter ce qui a déjà été fait.
Près de 2 h 00 du matin, il est temps de rentrer et nous traversons à nouveau Turin, l'émotion à fleur de peau et le cerveau plein de ces nouveaux sons.
Gabriele Carlini & Charlie Dontsurf
(29 novembre 2013)

Chronique dédiée à Enrica et Sylvie, présente ce soir là, qui ont pour point commun de détester cette musique mais aussi de s'être attachée chacune à un admirateur fanatique.

Pere Ubu à Gent/Gand (Belgium/Belgique) le 26 juin 2013

La Belgique me fait toujours l'impression d'un pays d'une étrangeté familière, et partir à la recherche d'une salle de concert gantoise pour y assister à un concert de Pere Ubu est une aventure incertaine. Passées les trois heures de route, et après avoir traversé un poste de douane désormais à l'abandon, les rues de Gand sont larges, encore ensoleillées mais vides à l'heure pourtant peu tardive où nous les traversons, et bordées de hautes maisons de brique, qui semblent sorties d'une nouvelle Jean Ray.
Arrivés à l'adresse de la salle, le Balzaal Vooruit, surprise de trouver une salle de concert en étage, habitués que nous sommes aux salles souterraines. Une ancienne salle de bal, aux lourdes tentures, avec des lustres d'époque incertaine. C'est dans ce décor vaguement suranné que s'installe le groupe, devant une petite foule majoritairement néerlandophone (et accessoirement beaucoup plus anglophone que nous).

David Thomas s'assoit face au public, le groupe l'entourant en retrait. Un David Thomas fragile et fatigué, mais aussi puissant et magnétique dès que le concert commence, secondé d'un équipage dévoué où chacun semble tenir un rôle précis (Le second à la casquette Edison vissée sur la tête, le mousse espiègle à la coiffure d'écolorée par les embruns planqué derrière ces futs, et le reste de l'équipage solide, attentif, et s'autorisant même à sourire aux saillies du capitaine). L'équipage de Long John Silver à la recherche de l'île au trésor.
Et des trésors, il y en eu, sous la forme de versions rares de titre Fontana (le concert commençant par une splendide version de Love, Love, Love, et se terminant par un Goodnite Irene impérial, le rappel s'achevant lui par I Hear They Smoke The BBQ), d'une poignée de classiques première époque (Modern Dance, Final Solution, Heaven), et de titres du dernier album.

Arrêtons nous quelques instant sur ces derniers : à l'écoute du disque, je m'étais dis : voilà le versant expérimental (David Thomas détesterait ce qualificatif, lui qui est persuadé de jouer du "mainstream Stream rock'n roll" depuis 40 ans), bruitiste, presque minimaliste, de Pere Ubu. Moi, j'apprécie plutôt, mais en live, ça risque vraiment d'être bizarre, décalé. J'avais tort : des version live tendues, électriques, une relecture du disque, avec un DT shamanique et habité. Sur certaines des plages instrumental (And Then Nothing Happen), David Thomas, les yeux fermés, semble plongé dans ses pensées, et la musique semble soudain être le reflet des paysages intérieurs qu'il contemple. Je n'écouterais plus jamais ce disque de la même façon, désormais des images se superposent.

Mais David Thomas sait aussi détendre l'atmosphère entre deux morceaux, en racontant quelques anecdotes de concerts passés, en mettant au défi le public de ne pas applaudir à la fin d'un morceau sous prétexte que c'est pour lui-même que le public applaudit, et pas pour l'artiste (défi perdu par le public, qui applaudit évidemment à la fin du morceau), en préparant la "cérémonie" merchandising de la fin du concert (et en précisant que suite à un problème de logistique, c'est majoritairement du merchandising "Rocket From The Tombs" qui sera vendu). Puis la musique reprend, la tension remonte, les compteurs Geiger s'affolent. Et c'est certainement un des secrets de Pere Ubu : les disques sont une des facettes, les prestations scéniques toujours surprenantes une autre, donnant au spectateur l'impression de redécouvrir des morceaux pourtant écoutés des dizaines de fois.

David Thomas, seul membre d'origine, est-il Pere Ubu ? Vraisemblablement non : Pere Ubu est avant tout un groupe, un composé alchimique de musiciens extraordinairement talentueux (aujourd'hui une section rythmique incroyable, un guitariste exceptionnel et deux "bidouilleurs" donnant une âme à des instruments électroniques, et un chanteur unique), un groupe d'une remarquable cohérence, qui interprète les titres de The Modern Dance comme s'ils avaient été composés la veille. Depuis quarante ans, Pere Ubu est une entité en perpétuelle mutation, un atome de génie pur, avec ses éléments tournant sauvagement autour d'un noyau caractériel et généreux, une aberration, un miracle.

Ultime expérience (Privilège ! Privilège ! Charlie, pourrais-je un jour te remercier ?), la rencontre backstage avec David Thomas, qui épuisé, rincé, fourbu, ne parle que de ... ses projets futurs, incertains, fous, grandioses. les yeux mi-clos, une gestuelle minimale mais au combien expressive, très à l'écoute de ce que Charlie pense de son travail (voui, je vous le confirme, Charlie fait bien partie de la famille Ubu : "Good to see you !" sincère de la part de toute l'équipe, et même une bise d'un des membres - pas celui qui a les cheveux les plus longs et décolorés), faible, si faible et pourtant débordant d'énergie. je n'ai pas osé lui parler, restant en retrait, déjà trop éberlué d'être là. Long Live Pere Ubu !
Philippe (août 2013)

Set List :

Toujours un peu plus loin

Corto Maltese n'a rien à voir (ou, peut être, à bien y penser, un peu quand même) mais le nouvel album de Pere Ubu m'a fait penser au titre, magnifique et suggestif, d'un recueil de ses aventures du début des années soixante-dix, Toujours Un Peu Plus Loin.
L'objectif du groupe, cette fois, est de régler son compte à la musique de danse et voilà le slogan qui apparaît une fois que l'on a ouvert le cd : "Smash the hegemony of dance. Stand still."
Entreprise ardue et pour la réaliser, David Thomas et ses collègues élaborent un ensemble de règles à suivre pour la composition et l'enregistrement des morceaux. C'est le "téléphone sans fil" ("Chinese Whispers") qui consiste à faire circuler de bouche à oreille, d'une personne à une autre placées en cercle, une phrase inventée et qui, à la fin, est complètement transformée. Voici pour résumer et simplifier les principales règles tirées du livre, Chinese Whispers, qui accompagne l'album.

Les membres du groupe ne répètent jamais tous ensemble et David Thomas, en particulier, ne participe pas aux répétitions. L'objectif est aussi d'aller à l'encontre de la conviction naturelle du musicien qu'il existe une bonne et une mauvaise façon de jouer une chanson et de faire en sorte que l'imprévisible puisse faire partie du processus de composition.
Les textes ont été écrits à partir d'un noyau d'idées puis improvisés phrase par phrase et vers par vers sans plus aucune révision. La signification émerge d'elle-même au cours de la composition.

Le producteur, une nouvelle fois David Thomas, est le seul qui soit autorisé à voir l'oeuvre ("The Big Picture") pendant sa création. En effet, cela est défendu au musicien qui, disposant d'un minimum d'informations (moins on parle, mieux c'est), travaille isolé, à l'abri des conditionnements. Le but est d'en capturer la voix pendant qu'il essaie de tirer la Signification d'un ensemble de doutes, contradictions, espoirs, craintes, informations et désinformations (telle est la nature de la vie réelle, fin ultime de l'Art). Il fournira ainsi une contribution personnelle et unique qui sera mise au service de la chanson. Cette contribution, sous forme d'enregistrement, est élaborée avec le producteur qui la passe au musicien suivant. C'est ainsi que la chanson adopte des formes inattendues et se développe en prenant des directions imprévisibles.

La collaboration entre des personnes de talent et le respect de la méthode établie garantissent un résultat unique.
Cela dit, l'échec peut toujours être là. Mais ce n'est pas nouveau, c'est une histoire ancienne qui remonte à l'époque des premiers festivals à Cleveland, en 1977 et 1978, appelés à dessein Disastrodrome.

Les nouvelles chansons, ainsi traitées, semblent traversées par une lumière artificielle et restituent une impression aseptique, folle, aliénée. Les sons électroniques, les claviers, les rythmiques répétitives prédominent.

J'imagine le groupe jouant les morceaux de l'album dans une discothèque d'un futur proche, des chansons transfigurées, conçues pour une "Dance Music" qui n'envisage pas la danse. Et puis j'imagine des visions d'espaces ouverts et les lumières de la discothèque se transformer en réverbères et phares de voiture dans la nuit. Comme si, métaphore de toute sa carrière, le groupe ne pouvait pas se tenir trop longtemps à la même place et sentait, comme toujours, l'urgence de reprendre son chemin, sa route, tout juste là dehors.
Et, en effet, au côté de morceaux comme Thanks (qui copie/défigure le hit disco Ring The Bell), Free White ou Mandy en figurent d'autres (mes préférés) comme Musicians Are Scum, Another One, Road Trip Of Bipasha Ahmed et Lampshade Man plus proches de l'esprit dont il était question et au canon "classique" du répertoire du groupe.
Magnifique aussi, la chanson 414 Seconds, inspirée par le titre et le début de 30 Seconds Over Tokyo, révèle Keith Moliné. Carpenter Sun est le dernier morceau, celui qui en principe indique le point de départ pour le disque suivant. Il compte parmi les plus abstraits et insondables, caractérisé par des sons électroniques qui se propagent de façon autonome, comme les images reflétées dans les miroirs dans la fin du film qui inspire le titre de l'album. Qui sait où ils accosteront ?

Lady From Shanghai n'est pas un disque facile mais nous aimons suivre ce groupe dans son parcours, toujours animé par une fièvre intérieures, comme s'il avait une mission à accomplir : chercher de nouveaux chemins.
Voici un groupe qui, similitude avec Corto Maltese, est toujours à contre-courant, insouciant de rompre les conventions, disposé à renoncer à son profit plutôt qu'à ses idées. Un groupe différent.
Gabriele Carlini (mars 2013)

Album Lady From Shanghai

Le temps des vacances

C'est le temps des vacances pour tout le monde, même chez Hearpen.com, et ce n'est pas plus mal si, comme moi, vous avez acheté la totalité ou la quasi-totalité des références proposés !
C'est le moment de mieux se concentrer sur les derniers albums qui sont absolument remarquables. En particulier, j'ai été impressionné par le concert du Beachland Ballroom à Cleveland où le groupe joue sur scène toutes les chansons de The Modern Dance (ndr : The Annotated Modern Dance).

Certains disques et certains groupes font une impression indélébile, si vous les rencontrer à un certain âge et l'album The Modern Dance est l'un d'eux.
C'est un album qui m'a toujours frappé, entre autres choses, par sa grande expressivité : c'est merveilleux quand le mystérieux miracle de l'art se produit et qu'un travail parle son propre langage, exprimant ainsi quelque chose que vous ne pouvez pas exprimer par des mots ou par tout autre moyen. Comme Edward Hopper l'a déclaré : Si vous pouviez le dire par des mots, il n'y aurait aucune raison de le peindre.

Ces types ont décidé d'utiliser le langage de la musique pour décrire ce qu'ils pouvaient voir et ressentir. Et Cleveland, avec tous ses quartiers désolés, désertés la nuit et ses paysages fantomatiques de ruines industrielles, les usines sidérurgiques et hauts fourneaux, était tellement un endroit hallucinant que les jeunes dans les années 70 pouvaient difficilement imaginer que quelqu'un puisse vivre pour voir l'an 2000 (pour citer Charlotte Pressler).

La passionnante et intransigeante musique qui jaillit a quelque chose de jamais entendu auparavant : cette voix unique, ces magnifiques instruments, chacun d'eux si clair, avec ces sons originaux, mystérieux et passionants, en commençant par le sifflement du synthétiseur qui déclenche cette Danse Moderne. Cette musique, ainsi que la couverture de l'album (et le photomontage du verso), ouvrèrent une porte à de nouveaux scénarios, en face de l'abîme d'un irrésistible et effrayant avenir, comme la photo au premier plan semble le suggérer.

J'étais là, dans ma chambre.

J'ai lu récemment que David Thomas n'associait pas la musique de Pere Ubu à ces impressions et je ne veux pas le contredire (ce qui serait vraiment restrictif, en particulier en face d'une carrière de plus de trente ans et des dizaines d'albums), mais à cette époque, cela semblait être les visions proposées et peut être pire encore : la guerre froide et la catastrophe nucléaire.
Le temps passant, apprenant l'anglais et en étant attentif aux paroles, j'ai découvert que certaines chansons parlent ... d'amour ! Non-Alignment Pact, par exemple, est dédiée à une jeune fille, à toutes les filles. Cela pourrait être aussi un pacte de non-alignement. Ou, comme Over My Head ou Chinese Radiations : l'amour dans l'ère post-industrielle ou à l'époque des essais nucléaires. Et chaque nouvelle écoute m'a fait apprécier encore plus cet album avec toutes ses merveilleuses chansons.

Durant le concert, avant de jouer Non-Alignment Pact, David Thomas déclare : Vous allez voir maintenant comment c'était à l'époque du Pirate's Cove. C'est une célébration d'un passé glorieux, même si le groupe ne regarde jamais en arrière, mais toujours devant ; c'est le secret de Pere Ubu !
Ce concert prouve une fois de plus combien cette musique est vivante, actuelle et surprenante.
Gabriele Carlini (juillet 2010)

Annotated Modern Dance

Bring Me The Head Of Ubu Roi, Ubu Roi à Londres

Pere Ubu a présenté Ubu Roi, la pièce de théâtre d'Alfred Jarry (1898), précurseur des mouvements artistiques Dada et Surréalistes, les jeudi 24 avril et vendredi 25 avril 2008 au Queen Elizabeth Hall, à Londres, dans le cadre de l'Ether Festival.
Sarah-Jane Morris (ex-Communards) tient le rôle de Mère Ubu et David Thomas celui du Père Ubu. Chaque membre du groupe a un ou plusieurs rôles mineurs. Les Brothers Quay ont créé pour l'occasion un film d'animation, élément principal du décors. La production comprend une musique originale, 10 titres, composée et jouée par le groupe. Gargarine (Dids), habituel sonorisateur du groupe, apporte sa contribution par des intermèdes électroniques.
Le groupe souhaite maintenant présenter ce spectacle sur scène partout où ce sera possible.

Jeudi 24 avril, 19 h 15. Les portes du Queen Elizabeth Hall de Londres s’ouvrent au public venu assister à la première de Bring Me The Head of Ubu Roi, l’adaptation par David Thomas d’Ubu Roi, la pièce d’Alfred Jarry.
C’est adolescent que David Thomas est tombé dans l’œuvre d’Alfred Jarry alors qu’il fréquentait la High School. Il a déclaré un jour dans une interview qu’elle pouvait se lire en une après-midi. Plus qu’à sa qualité littéraire, David Thomas accorde de l’importance aux idées de Jarry et surtout à la manière dont la pièce engage l’auditeur dans le processus créatif en mettant en œuvre son imagination.
L’adaptation se veut à la fois libre et respectueuse du texte original. David Thomas s’est centré sur ce qui dans la pièce, peut montrer que de nos jours encore, le complexe politico-médiatico-industriel est rempli de personnages plus grotesques que ceux de Jarry. Des parties du texte ont été enlevées, d’autres ajoutées ; le principe était de pouvoir glisser l’histoire dans une structure de chansons rock entrecoupées de narration.

Pas de décors si ce n’est deux fauteuils sur la gauche de la scène. Les instruments sont installés sur la droite, en ligne dans le prolongement des spectateurs, au bord de la scène le Theremin et le synthé de Robert Wheeler, au fond la batterie de Steve Mehlman, entre les deux, le reste. Un panneau indique que cette partie de la scène est invisible ! Au fond, un écran sur lequel sera projeté les films d’animation créés pour l’occasion par les Brothers Quay. Au centre se trouvent le micro du Père Ubu (David Thomas) et, légèrement sur la gauche, celui de la Mère Ubu (formidable Sarah Jane Morris).
Une certaine tension semble régner avant le début de la représentation. Les spectateurs présents peuvent entendre David Thomas hurler dans les coulisses.

19 h 35. Alors que la lumière s’est éteinte, l’ensemble de la troupe, soit le groupe au grand complet sans David mais avec Dids et un adolescent, qui se révélera être le fils de Sarah Jane Morris, traverse la scène en file indienne dans une démarche grotesque et rejoint les instruments. Steve Mehlman et Michele Temple restent au centre et effectuent ce qui semble être une étrange parade militaire. David entre en scène, non pas dans la peau du Père Ubu mais dans celle du metteur en scène, et intervient pour replacer Steve, qui reste imperturbable. La narration commence, entrecoupée des nouveaux titres joués par le groupe. Chaque musicien a un rôle. David Thomas semble irrité, il intervient sans cesse pour reprendre le placement ou la diction des « acteurs ». Il hurle. Des « fucks » raisonnent … Est-il vraiment en rage parce que cela ne se passe pas comme il le souhaite ou simule-t’il cette rage, est-ce pour lui le moyen d’évacuer une énorme tension ?
Je suis moi-même extrêmement tendu et je m’attends à ce que tout craque d’un instant à l’autre. Le public reste dans l’ensemble assez froid.

Si ce n’était la qualité de la musique, on se croirait devant une troupe amateur n’ayant pas assez répété sa pièce. Après ¾ d’heure de cette tension, l’entracte intervient. Un message sur l’écran nous invite à aller boire pour donner du sens à tout ça. Et ça aide ! Je trouve enfin une clef : nous n’assistons pas à une simple représentation de la pièce d’Alfred Jarry mais à un show de Pere Ubu, le groupe, dont la set-list est construite autour de l’adaptation signé David Thomas. C’est grotesque, absurde … merveilleux … ubuesque ! Pour preuve, ce moment magique où Michelle, interprétant le rôle de l’Armée Polonaise, ne récite pas son texte comme le metteur en scène le souhaite et, sous les assauts de David, finit par prononcer dans un début de fou rire un « excuse me » pas vraiment prévu. A la fin, comme la tradition le veut, la troupe se rassemble au centre de la scène et un tonnerre d’applaudissements enregistrés sort de la sono. Le public reste sans voix.

David Thomas Avril 2008
Photo : Marc Mawston

21 h 45, aftershow. Robert Wheeler, qui s’est beaucoup donné sur scène, m’explique qu’en fait c’est la première fois que la troupe a pu jouer en totalité la pièce. Autant le groupe s'est investi sur la musique autant il a manqué de moyens et de temps pour répéter. David Thomas décompresse et semble finalement très calme. Il n’est visiblement pas satisfait du spectacle donné mais fourmille déjà d’idées pour l’améliorer le lendemain soir. Et puis, bonne nouvelle, la musique, à la fois innovante et familière, est déjà enregistrée.

22 h 45. Dans la nuit londonienne, je me dis que je viens simplement d’assister à la première représentation « avant-garage » d’Ubu Roi, une pièce d’Alfred Jarry, par un groupe américain de rock qui porte si bien son nom.
Charlie Dontsurf (avril 2008)
Merci tout spécialement à Eléonore et à Robert Wheeler.

Set List :

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