Elitism For The People 1975-1978

Coffret Elitism

Fire Records / FireLP406 (GB), 18 avril 2015

The Modern Dance

  1. Non-Alignment Pact
  2. The Modern Dance
  3. Laughing
  4. Street Waves
  5. Chinese Radiation
  6. Life Stinks
  7. Real World
  8. Over My Head
  9. Sentimental Journey
  10. Humor Me

Production : Pere Ubu & Ken Hamann

Dub Housing

  1. Navvy
  2. On The Surface
  3. Dub Housing
  4. Caligari's Mirror
  5. Thriller !
  6. I Will Wait
  7. Drinking Wine Spodyody
  8. (Pa) Ubu Dance Party
  9. Blow Daddy-o
  10. Codex

Production : Pere Ubu & Ken Hamann

The Hearpen Singles

  1. 30 Seconds Over Tokyo
  2. Heart Of Darkness
  3. Final Solution
  4. Cloud 149
  5. Untitled
  6. Street Waves
  7. My Dark Ages
  8. Modern Dance
  9. Heaven

Manhattan (Live At Max's Kansas City 1977)

  1. My Dark Ages
  2. Heaven
  3. Sentimental Journey
  4. Over My Head
  5. 30 Seconds Over Tokyo
  6. Life Stinks

Transfert digital 2015 : Paul Hamann (Suma) (192 Khz/24 Bit)
Masterisation 2015 : Brian Pyle

Enregistrement

The Modern Dance : voir la page consacrée à l'album
Dub Housing : voir la page consacrée à l'album
The Hearpen Singles : voir la page "Simples"
Manhattan : titres enregistrés au Max's Kansas City de New York le 15 février 1977. Extraits de l'album digital du même nom disponible sur Hearpen.com

Paul Hamann a digitalisé les bandes 2 pistes analogiques originales à la plus haute résolution disponible (192 Khz/24 Bit) de "The Modern Dance", "Dub Housing" et "The Hearpen Singles" (Studio Suma/2015). Les fichiers ainsi obtenus ont été mastérisés par Brian Pyle
Les éditions vinyles ont été préparées par Pete Norman au studio Finyl Tweek de Londres dans le respect de leur source analogique.
Les fichiers audio pour le téléchargement ont été préparés par David Thomas.

Editions

Label Référence Pays Date Commentaires
Fire Records FireLP406 GB/UE 18 avril 2015 lp Coffret
Fire Records Fire406 GB/UE 18 avril 2015 dl
Coffret détaillé Elitism for the people

Contenu détaillé du coffret

dos du coffret Elitism

Dos du coffret

Coffret sorti sur le marché européen, en quantité limitée, à l'occasion du Record Store Day du 18 avril 2015 par Fire Records pour fêter les 40 ans du groupe. Seconde sortie commerciale avec notamment ouverture au marché américain le 21 août 2015 mais il s'agit de la même édition.

Le coffret est complété avec la reproduction d'une affiche de 1977 signée Johnny Dromette pour un gig au Pirate's Cove de Cleveland. Un code de téléchargement est également inclu (formats disponibles : Flac, mp3, AAC).

Chroniques

Rock & Folk #576, aout 2015 Rien que pour le cynisme amusant du titre, cette petite merveille mérite d'être achetée en double ! A l'intérieur, l'amateur d'émotions fortes y trouvera The Modern Dance et Dub Housing, les deux albums de 1978 qui peuvent être considérés désormais comme les pierres de soubassement de l'art-rock tel qu'il est désormais défini ; The Hearpen Singles (1975-1977), une compilation des simples originels qui prouve que Pere Ubu est né révolutionnaire et pas après ; ainsi que Manhattan, un live enregistré en 1977 au Max's Kansas City, un endroit où il fallait jouer pour entrer dans la légende. Tous les enregistrements 2-pistes analogique d'époque ont été numérisés puis remastérisés par des psychopathes afin que le son soit vraiment une tuerie. Essayer Final Solution au casque et bien écouter ce qui sort du canal de gauche. Comment ?
Géant Vert, Rock & Folk, n°576, Août 2015

Rolling Stone, #77, septembre 2015 Quatre disque dont l'un inédit, enregistré lors d'un set au Max's Kansas City en 1977, rassemblés dans ce coffret qui en impose. Les débuts de Pere Ubu sont enfin compilés avec le goût et le mastering adéquats. Les premiers simples sont là : 30 Seconds Over Tokyo, qui se réfère au premier bombardement américain de la capitale japonaise, et Final Solution qui fait désormais figure de classique. On retrouve aussi les deux premiers albums d'un groupe qui inventait le son postpunk alors que le punk-rock n'en était encore qu'à ses balbutiements. Bricolages au synthé (un temps joué par un type qui débarquait tout juste du Viêtnam), guitares nourries au psychédélisme, rythmiques invertébrées. Et par-dessus ce magma sonore, s'élevait la voix de David Thomas, sorte de Captain Beefheart de l'ère indus qui balançait ses paroles apocalyptiques (Guitar's gonna sound like a nuclear destruction!), mais qui était aussi capable de raconter certaines choses avec douceur. La source d'inspiration principale de Pere Ubu, c'était sa ville : Cleveland, qui, à l'époque, avait tout d'un cauchemar urbain. Les émeutes raciales et les crises industrielles à répétition avaient chassé la population de son centre ; la rivière Cuyahoga, qui traverse la ville, chargée en hydrocarbures et en déchets, avait pris feu plusieurs fois. Un contexte idéal pour composer Life Stinks, Heart of Darkness et les autres chansons jamais banales que l'on retrouve sur cette anthologie de poids.
Eric Tandy, Rolling Stone, n°77, Septembre 2015

Magic, #195, septembre 2015 En 1975, les groupes de rock, hard rock et prog dominent le monde sans partage. Les uns encaissent de gros chèques pour jouer à la chaîne dans les stades, les autres produisent des albums conceptuels de plus en plus prétentieux. Inutile de dire que la nouvelle génération ne se reconnaît pas dans ces musiques de vieux hippies. Un an plus tard, la planète a les yeux rivés sur l'Angleterre. Dans un contexte social sinistre, le pays est le théâtre de l'explosion punk. Si à New York, où l'on est plus dans la rupture de style que dans la révolte, ça s'agite avec Richard Hell et Ramones (entre autres), personne ne détient le monopole de la « glauquitude ». En 1975, Cleveland (Ohio) est au bord du gouffre. Ses banlieues tentaculaires et désoeuvrées ont la réputation d'être les plus dures d'Amérique. C'est dans cette ville et dans ces territoires sans futur que va éclore le plus improbable et extraordinaire des quintettes : Pere Ubu. II est emmené par David Thomas (ex Rocket From The Tombs), un type aussi imposant en hauteur qu'en largeur. Ses rondeurs et sa grande gueule rappellent effectivement le personnage d'Alfred Jarry. N'intéressant personne, Père Ubu crée son propre label, Hearthan (rebaptisé Hearpen plus tard), et autoproduit quatre 45 tours entre octobre 1975 et août 1977.
Se référant à un raid militaire punitif de la Seconde guerre mondiale, les six minutes du single inaugural 30 Seconds Over Tokyo étonnent à bien des égards. Son riff de guitare obsédant - rejoint par un synthétiseur crachant des interférences et autres postillons indus élabore une matière mouvante et vénéneuse, capable à tout instant de se barrer complètement en sucette bruitiste. Un décor idéal pour le chant blafard et habité de David Thomas, qui s'étrangle au micro. En référence au célèbre roman de Joseph Conrad à l'origine du film Apocalypse Now (1979) - la face B Heart Of Darkness enfonce un clou sanguinolent dans un dancefloor métronomique, rendu d'autant plus effrayant par un chant quasi monocorde qui n'est pas sans rappeler le futur ton d'un certain Ian Curtis. Ces deux chefs-d'oeuvre sont le prélude à d'autres qui suivent vite. Final Solution, Cloud 149 et My Dark Ages, sur lesquels la voix du leader est de plus en plus modifiée et les digressions instrumentales toujours audacieuses, accentuent l'impression générale de folie qui plane sur ce rock schizoïde. Pseudonyme et personnalité de son principal instigateur obligent, le second degré y est omniprésent, comme sur l'atypique Heaven, une petite chanson toute simple à la Modern Lovers, dont les parfums ska et les paroles malicieuses font mouche : j'ai impression d'être au paradis et c'est un vrai problème. Comme souvent avec les disques précurseurs dont les ventes sont maigrichonnes, ils ont l'art de tomber dans de bonnes oreilles. Dans le cas présent, ce sont celles du label anglais Radar Records.
En avril 1978 paraît chez Radar Datapanik In The Year Zero, une espèce de best of des premiers singles. Les compositions vieilles de deux ou trois ans correspondent à l'éthique post-punk qui bouillonne alors un peu partout. Le groupe traverse l'Atlantique et donne au Royaume-Uni une série de concerts qui vont impressionner nombre d'artistes. Le choc est d'autant plus énorme que Pere Ubu, qui a déjà enregistré son premier LP (The Modern Dance, 1978), en livre des morceaux sur scène. Les critiques sont unanimes, et un peu grâce à Talking Heads, ils ont une étiquette à coller sur cette musique : "art rock". Mais l'album The Modern Dance est bien plus viscéral que cela, comme l'atteste d'entrée l'explosif Non-Alignment Pact, une tuerie au vitriol où Johnny Thunders s'agrippe aux machines de Genesis P. Orridge. Et si la chanson The Modern Dance ainsi que Street Waves se posent comme des invitations à danser intelligent, d'autres, avec l'apparition de cuivres flirtant avec le free jazz, se rapprochent de l'agressivité de James Chance (Laughing, Life Stinks). D'autres enfin, en abordant une certaine idée du dub (Real World, Over My Head) ou de l'avant-garde (Sentimental Journey), préfigurent la grosse claque qui suit. Ainsi, en novembre 1978 sort le monumental deuxième album Dub Housing. En trente-six minutes sombres et monstrueusement belles, la déconstruction du format rock est poussée plus avant, annonçant les féroces percussions de Flowers Of Romance (1981) de Public Image Ltd. (Navvy) ou les avancées soniques de This Heat (Drinking Wine Spodyody). Une matière qui permet à Thomas de déclamer, soliloquer, éructer ou carrément dévisser, sonnant ici comme Captain Beefheart sous speed (Caligari's Mirror), là comme un tueur en série en quête de chair fraîche (On The Surface).
Si l'approfondissement de l'aspect dub de certains extraits est spectaculaire, préfigurant Métal Box (1979) de PiL ou les explorations à venir du label On-U Sound (Dub Housing, Blow Daddy-O), en baisser de rideau apparaît la belle et lancinante Codex. Une chanson d'amour malade, où Thomas est au summum du flippant, répétant à l'envi : Je pense à toi tout le temps. Pour ce qui est de sa nature sonique, Codex se révèle post-rock avec de stupéfiantes années-lumière d'avance. Doté d'une pochette aussi noire que les cités claustrophobes de Cleveland, Dub Housing est un disque visionnaire et hallucinant que l'on jurerait sorti de l'esprit dérangé du personnage principal d'Eraserhead (1977) de David Lynch. Il reste l'un des piliers du post punk et forme avec son prédécesseur une source d'inspiration pour un nombre si conséquent de groupes depuis bientôt quarante ans. La suite sera plus compliquée et déroutante pour Pere Ubu. Dire que la formation ne sera plus capable d'enregistrer de bons albums serait largement exagéré, mais si vous ne devez faire l'acquisition que d'une tranche de sa discographie, celle compilée sur Elitism For The People, 1975-1978 est sans le moindre doute la plus succulente. Et la plus importante.
Marc Gourdon, Magic, n°195, septembre 2015

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